Rêver ensemble pour désamorcer les conflits

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Il est 13h30. Comme tous les mercredis, nous venons de déjeuner. Troisfoispapa et Grand Loup sont partis au foot. Bébé Loup est à la crèche et je suis avec Petit Loup pour l’après-midi. Il veut un bonbon. Je lui dis non. Il me dit si.

Il y a quelques temps, nous aurions tenu bon tous les deux. Par devoir. On aurait fini par en faire une affaire de principe, et chacun de notre côté, nous aurions trouvé que vraiment, l’autre n’était pas raisonnable. J’entends d’ici Petit Loup qui m’aurait dit « Allez maman, juste un » (en pensant c’est tout de même pas la mer à boire), et je me vois lui répondre : « Ne m’en parle plus jusqu’au goûter, tu sais très bien qu’on ne mange pas de bonbon en plein milieu de l’après-midi » (en pensant il se fiche vraiment de moi).

C’est à la lecture de Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber et Mazlish (qui est depuis devenu un de mes livres de chevet) que j’ai compris que ce genre de situation n’était pas forcément vouée à une crise majeure susceptible au choix (sans aucune hiérarchie, le tout étant passablement désagréable !)

– de crisper tout le monde pour le restant de la journée  

Ex: l’enfant veut un bonbon en plein milieu de l’après-midi (toute ressemblance avec …). Sa mère dit non. Il dit oui. Sa mère dit non. Il lui dit « t’es méchante », elle se fâche, il se roule par terre, elle l’attrape par le bras pour l’emmener dans sa chambre, il se met à hurler. Et on est quand même mal barré pour la suite de la journée. Ca culpabilise, ça fiche mal au crâne, et on passe un mauvais moment.

– d’afficher l’ensemble de la famille dans la rue

Ex: sortie d’école. Il y a 500 mètres à faire pour rallier la maison. Soudain, l’enfant s’arrête net et décrète qu’il est « assoiffé » et qu’il « ne peut plus mettre un pied devant l’autre ». La mère qui pousse la poussette, porte le cartable, le sac à dos, la trottinette, les manteaux-parce-qu’-il-fait-trop-chaud et le sac du goûter mais qui, évidemment n’a PAS pris la bouteille d’eau, voudrait bien avancer (toute ressemblance avec …) : « Dépèche-toi voyons ! Dans 5 minutes on est à la maison ». Il dit non. Elle dit si. Il s’asseoit en tailleur au beau milieu du trottoir, et les passants se retournent, sidérés.

– d’avoir la désagréable ‘impression de n’en faire jamais assez

Ex : Vous lui avez fait la surprise, vous l’emmenez dans THE parc d’attraction dont il vous parle depuis des lustres. C’est pas que vous aimez particulièrement les manèges, mais vous voulez tellement lui faire plaisir que vous avez sorti le grand jeu ! Vous déjeunez au petit resto du coin qui vous coute un oeil pour une barquette de frites qu’il ne mange pas et le hamburger le plus infâme qu’il vous ait été donné de gouter depuis votre premier burger king, vous rachetez des tickets alors que vous vous étiez juré que non, et vous lui offrez même une petite peluche.

Et voilà pas qu’arrivé à la sortie, il voit le vendeur de Barbapapa. Il en veut une. Vous dites non. il dit si. Vous dites « Non mon chéri, c’est l’heure d’y aller maintenant ». Mais il campe devant la guitoune, l’air désespéré. Ca commence à vous agacer. Et là, vous ne savez pas quoi faire pour lui faire quitter les lieux. Mais une chose est sûre, vous le regardez autrement ! Vous vous dites que votre enfant ne se rend pas compte de tout ce que vous faites pour lui, et que vraiment, la prochaine fois, vous n’en ferez pas tant, puisque de toute façon, ça ne lui va jamais (toute ressemblance avec …)

Bref, ces moments là, on s’en passe bien. Alors le truc de Faber et Mazlish, je vais vous le donner ! Sans doute vous êtes nombreux à le connaître et peut-être même à le pratiquer naturellement. Pour moi, ça a été une vraie découverte, qui marche à 100% dans ces situations délicates.

Le secret, c’est d’accompagner l’enfant dans son souhait. De rêver avec lui, même si vous savez qu’il n’obtiendra pas ce qu’il veut. En fait, il le sait aussi bien que vous. Que ce soit parce qu’il veut un bonbon, parce qu’il est en train de mourir de soif ou qu’il bave devant sa barbapapa, au fond, ce qu’il souhaite, c’est que vous compreniez son désir.

Quand Petit Loup m’a demandé un bonbon cet après-midi, je lui ai d’abord dit que ce n’était pas possible (il faut quand même que les choses soient claires!). Mais quand il est revenu à la charge, je lui ai demandé quel genre de bonbon il aimerait, et si c’était ses bonbon préférés. Je lui ai dit ceux que j’aimais, et je lui ai assuré que j’adorerais en manger 1000.

Ca l’a fait rire. On a continué notre discussion sur les bonbons, et puis finalement, il a voulu qu’on sorte la pâte à modeler. Ouf ! Et on a passé une chouette après-midi.

Ca marche avec l’eau. Ca marche avec la barbapapa.

Ce petit « truc » est encore assez nouveau pour moi pour que je mesure à côté de quel genre de crise nous passons à chaque fois. Et je savoure le moment d’après, peut-être même un peu plus !

Evidemment, ça ne résout pas tous les problèmes, hein ! Par exemple, pour la pâte à modeler étalée sur les semelles et le parquet, ça marche pas, de rêver ensemble. D’ailleurs, si quelqu’un a un bon plan pour retirer la pâte à modeler rose fuo collée sur les petites chaussures en daim toute neuves, je prends 😉

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8 commentaires
  1. Kristell dit :

    Super cool. je vais essayer d’essayer car en ce moment MOI j’ai besoin de rêver.
    Cela dit depuis que j’ai le mot magique (tu sais le mot à dire quand maman est sur le point d’exploser) ça va beaucoup mieux dans la maison. Notre mot c’est SAPERLIPOPETTE.

    Merci de tes petits tuyaux. Pour la pâte à modeler (chez nous la pâte à moler) j’ai pas de truc miracle. Attends que ça sèche?

    • Kristell dit :

      Alors j’ai tenté l’expérience ce soir lorsque mon Bouhbouh m’a demandé un biscuit (enfin deux) pour le dessert. Et effectivement il est passé à autre chose (il a bien essayé bonbons après biscuit) mais c’est finalement rabattu sur une yahourt. Pas de dispute, y’a quand même eu une saperlipopette car ça nous fait beaucoup rire.

  2. Agathe dit :

    hAaaaaaa quel bonheur de te lire ! Tu es my moment !

  3. Merci pour cette astuce, ça devrait nous éviter quelques grosses colères.
    Bonne soirée

  4. matinbonheur dit :

    Je teste cette pratique depuis plusieurs mois (1 an?) avec Petit bonheur. Parfois pas moyen qu’il lâche l’affaire, mais souvent ça fonctionne. Mister bonheur, sceptique au départ, s’y met aussi, au vue des résultats positifs. Et on s’y met doucement aussi avec Jolie douceur (20 mois)…

  5. balthazar dit :

    Merci pour cet article très complet ! Effectivement j’avais vu ma belle soeur procéder comme ça, mais comme les enfants ne lâchaient pas le morceau j’en avais conclu un peu vite qu’il valait mieux mettre  » imposer » les choses tout de suite. Ton article me fait revoir et nuancer ma position !

  6. AUDE PINSON dit :

    Là, je suis au bureau alors je me retiens de rire mais je crois avoir tes « toute ressemblance avec … » à la maison!!!
    C’est tellement ça, et tu l’exprimes si bien, si simplement avec tant d’humour!
    J’adore 😉
    Va falloir que je teste ça alors! Merci du tuyau

  7. […] plus avancer, je mets en pratique (en riant intérieurement de tant d’à-propos), mon article sur le désamorçage des conflits. Ca marche. Je comprends à peu près ce qu’est un pain au sucre (une chouquette en fait, mais […]

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