Je suis fière d’eux mais je me soigne !

fierte

L’année dernière, j’ai découvert l’excellent livre d’Adele Faber et Elaine Mazlish Parler pour que les enfants écoutent. Ecouter pour que les enfants parlent.  Ce livre nous interroge, nous, parents, sur notre manière de communiquer avec nos enfants, au travers d’exercices passionnants.  J’y ai appris beaucoup. Sur moi-même. Sur ce que je transmets à mes enfants. Sur la façon dont ils reçoivent mes paroles. Sur ce que j’attends d’eux. Sur ce qu’ils croient que j’attends d’eux.

Avant de lire ce livre, je disais aux loups que j’étais fière d’eux. Sans aucune arrière-pensée. Je trouvais même que c’était important de les encourager. J’imaginais que rien ne pouvait surpasser un « je suis fière de toi » venant de sa maman ou de son papa. Je me trompais.

On dit que le sentiment de fierté est légitimé par trois critères : la présence d’un obstacle, l’engagement personnel pour le surmonter, le succès.

Eté 2012, Grand Loup apprend à faire du vélo. C’est une étape importante et elle me fait peur. Je le vois enfourcher la selle, pousser sur les pédales, zigzaguer rattraper les écarts, et rouler enfin, en une belle ligne droite vers le point d’arrivée.

Après avoir fermé les yeux trois fois en une minute et eu l’impression que mon coeur allait se décrocher, j’ai, pour finir, ressenti une immense fierté : il avait réussi.

J’ai jugé la taille de l’obstacle, j’ai évalué l’effort de Grand Loup – que j’ai trouvé très important, et j’ai acté son succès. Je lui ai dit que j’étais fière de lui. Il y avait cette partie de moi qui soufflait après avoir tremblé : ouf ! Il n’est pas tombé, mon petit garçon chéri. Et l’autre qui se disait que la case « faire du vélo sans les petites roues » était cochée. Qu’on pouvait passer aux suivantes : apprendre à déchiffrer les lettres, mettre son caleçon et débarrasser son couvert à table. Mais où était cette partie de moi qui aurait dû regarder le visage de Grand Loup à ce moment-là? Qu’en pensait-il, lui? Son jugement, son effort, son succès. C’était ça l’essentiel et je ne m’en souviens pas.  

Dire je suis fière de toi, c’est indiquer à nos enfant qu’ils ont répondu à nos attentes. A nos aspirations. Mais en faisant cela, on met sur eux une certaine pression : si la prochaine fois, il n’y arrivait pas ? Si demain, Grand Loup ne rattrapait pas les écarts et tombait de la selle ?  Est ce que je cesserais d’être fière de lui ? Est ce que je serais déçue ? Non, bien sûr, mais le sait-il ?

En fait, ce n’est pas vraiment « je suis fière de toi », que j’aurais aimé lui dire. Si seulement je n’avais pas été figée par mes propres peurs, celle de la chute et celle de l’échec, j’aurais pu le regarder évoluer au lieu de me cacher les yeux. J’aurais vu sa frimousse rose et rieuse, le clin d’œil qu’il nous adresse lorsqu’ il est content de lui.

Et j’aurais pu lui dire ces mots d’encouragement qui surpassent tout venant de son papa ou de sa maman : « tu dois être drôlement fier de toi ! ».

Car mieux que la satisfaction de rendre ses parents heureux, il y a celle de mesurer son effort et de se dire qu’on est content de soi.

Et encore mieux que la fierté d’assister à la réussite de son enfant, il y a le bonheur de le voir la savourer, sa réussite.

 

7 commentaires
  1. ptite maman dit :

    Ha j’adore ces bouquins. Je les ai en anglais car ce sont deux américaines qui les ont écrit (et une de leur fille reprend le flambeau)
    Si en rêve on pouvait retourner là bas qq années j’aimerai faire un de leur séminaire.
    Aux US en matière éducative ils ont tout de même une certaine avance (en particulier un lien fort entre fac de recherche et les écoles pour tester les nouvelles pédagogies, ça fonctionne on continue ça fonctionne pas on abandonne).
    merci pour ce partage et bravo à ton grand ici on arrive pas encore a faire assez de vélo pour ça (je te demanderai des tuyaux pour l’apprentissage !)

    • Troisfoismaman dit :

      L’école de Grand Loup proposait cette année l’atelier des parents, mais malheureusement les horaires ne nous convenaient pas ! J’espère qu’ils le reproposeront l’année prochaine. Je voudrais tellement le faire ! Je te dirai !
      (et à ta disposition pour l’apprentissage du vélo… !

  2. Valwi dit :

    C’est exactement la réflexion que je m’étais faite… tout comme les « mange pour faire plaisir à… », etc.

    L’objectif de les éduquer c’est qu’ils deviennent autonome, donc c’est mieux de stimuler l’autosatisfaction.

  3. …hop… acheté ! Reste à le recevoir, le lire et tenter de le mettre en pratique ! Merci pour le conseil !

  4. Toumpite dit :

    Très intéressante cette analyse. Comme toi, j’ai tendance à dire que je suis fière et ce qui compte, c’est plutôt de leur aider à construire leur propre confiance en eux.

  5. […] avais trouvé des réponses concrètes à des problèmes récurrents. Je vous en avais parlé ici, là et encore là. Ces rencontres m’avaient également inspiré la technique du Zanzibar !  Ce […]

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